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Estocade
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Cette relation, qui est une authentique passion, est difficile à expliquer.
Comment peut-on aimer un animal et comment peut-on le sacrifier ensuite ?
Je suis moi-même dans l'incapacité de voir une novilade, d'accepter le sacrifice d'une bête qui ne réunit pas les qualités nécessaires pour se défendre.
Mais je n'ai jamais ressenti la moindre pitié et ma main n'a jamais tremblé quand j'ai tué un taureau.
Pour une raison simple, parce que le taureau a été sélectionné pour l'arène.
Cette profession consiste à unir deux volontés, celle du taureau et la mienne.
En dehors de l'arène, s'il n'y avait pas un critère esthétique qui puisse justifier cette cruauté, cela ne m'intéresserait pas, bien sûr.
Luis Francisco Espia
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La mort dans la corrida n'est plus un spectacle effrayant.
On la croirait banalisée, elle qui, dans la civilisation occidentale, n'est qu'un grand interdit, qu'on essaye d'éviter, de reculer, de supprimer.
Ernest Hemingway disait également : Dans nos jeux sportifs, ce n'est pas la mort qui nous fascine, la mort toute proche et qu'il faut éviter.
Nous sommes fascinés par la victoire, et c'est la défaite, au lieu de la mort, que nous cherchons à éviter.
De nos jours, la mort est une rupture totale, brusque et donc violente entre la personne décédée et ceux qui l'on aimée. La société des années 2000 se fonde sur le bien-être, la forme et la beauté.
Tout ce qui est laideur, maladie, mort sont contraires à cette philosophie du tout va très bien.
On les refuse et on les cache parce qu'elles nous rappellent notre imperfection et nos faiblesse.
Les rites ancestraux de la mort, plus qu'un hommage au défunt, étaient destinés aux personnes endeuillées qui, dans la continuité du cérémonial, avaient l'occasion d'exprimer leur peine, de l'extérioriser, et ainsi, d'accepter plus facilement la mort de d'un être aimé.
Aujourd'hui, on a honte d'afficher sa douleur, son désespoir, et on les refoule.
Or, la corrida est un spectacle qui apprivoise la mort. A en croire Luis Miguel Dominguin, elle a autant d'épaisseur qu'une mauvaise rencontre :
Elle ne prend pas plus de place qu'un mètre carré de terrain, qui virevolte à l'insu de tous, sur lequel il ne faut surtout pas s'aventurer à la seconde où l'on entre dans la «juridiction du taureau».
Le reste est littérature.
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De tous ces projets magnifiques que j'ai fait pour ma vie, il ne reste rien.
J'aimerais affronter un grand danger et cesser enfin de douter de moi-même.
Hermann Melville
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Un homme offre ainsi sa vie à un toro.
Il sait que toute chose gagnée par son talent, son courage et sa volonté, a plus de valeur ;
et sa vie il la remet en jeu toutes les semaines, et il la regagne.
Pour le plaisir, pour sa passion, pour l'amour des toros.
le matador tue non seulement parce que telle est sa profession, mais aussi par désir de créer un art d'autant plus beau qu'il est fugitif, par folie de vouloir se prouver quelque chose à soi-même, gratuitement.
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Mais ici, c'est un art impermanent, comme sont le chant et la danse ;
un tel art lorsque l'exécutant est disparu, n'existe plus que dans la mémoire de ceux qui l'ont vu, et il meurt avec eux.
Ernest Hemingway
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Le toro ou le torero, la force ou l'intelligence, le monstre noir ou l'ange de lumière.
C'est la vie de l'animal pour celle de l'homme.
Il faudra que la mort entre dans le spectacle.
Elle sera son point culminant, son achèvement.
Et viendra un momment où la vie et la mort se confondront, seront là, toutes les deux sur le sable ; la minute de vérité.
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La corrida n'écrit rien d'autre que la mort insupportable, ce quelque part sans négation, où un homme consacre sa vie à pratiquer cet art.
Bernard Salignon
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La corrida affiche la réalité, la thèse et l'antithèse.
On retrouve ainsi la pensée de Sénèque le Jeune selon laquelle la vie n'est rien sans la mort, comme toute chose n'est rien sans son contraire.
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