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La tauromachie ne serait pas un art si elle ne se proposait pas de polir la matière brute, afin que, méthaphoriquement, et à l'inverse de ce qui se passe dans le cirque à mesure que l'après-midi décline, les lumières recouvrent peu à peu tous les espace d'ombre.
François Zumbiehl
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Pas plus que la poésie, la tauromachie n'est capable de suspendre le vol du temps, mais elle peut du moins conférer à l'éphémère une apparence d'éternité , et donner une consistance aux formes qui s'envolent, de sorte qu'elles deviennent des formes qui pèsent.
Alors les élans de l'étoffe, pure temporalité et cadence, donnent le sentiment de se fixer dans une sculpture dynamique, ciselée par le temple.
François Zumbiehl
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Une des multiples définitions du mot art est donnée comme suit : L'expression d'un idéal de beauté dans les oeuvres humaines.
Cette brève phrase explicative ne rend cependant pas compte de la subjectivité de l'art.
En effet, sa perception n'est pas du tout un phénomène généralisé, sinon qu'elle est ressentie par chaque individu en fonction de ses goûts.
Or les goûts sont fondamentalement déterminé par l'éducation que reçoit l'être humain et plus précisement son origine sociale et son niveau d'instruction, Pierre Bourdieu.
Ceci impliquerait donc une classification sociale des goûts et, par extension, des arts.
L'éducation serait ainsi le premier véhicule conduisant un individu jusqu'à l'art.
Mais il en est un second qui est sa formation artistique.
A ce sujet, Bourdieu affirme : L'oeuvre d'art ne prend un sens et ne revêt un intérêt que pour celui qui est pourvu du code selon lequel elle est codée.
La perception de l'art se révélerait donc étroitement liée à l'individu en tant qu'élément d'une classe sociale, ayant reçu, en fonction de ce facteur, une formation culturelle et artistique déterminées.
Pour en revenir à la tauromachie, en Espagne, elle correspondrait plutôt à un spectacle populaire, que Bourdieu définit comme celui qui procure, inséparablement, la participation individuelle du spectateur au spectacle et la pratique collective à la fête sont le spectacle est l'occasion.
Comme nous l'avons déjà vu, la corrida est un spectacle qui se déroule dans un contexte de fête et que le public lui-même sanctionne.
Il provoque des réactions immédiates chez le spectateur qui, lorsqu'il provient des couches sociales les plus basses, s'identifie très fortement au torero.
Tout ceci relève donc parfaitement de l'esthétique populaire selon Bourdieu.
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Le torero qui rentre dans l'arène ressemble psychologiquement à un mort.
Le regard collectif exige en effet qu'il cache ses faiblesses, car si les spectateurs aspirent à s'identifier à lui, il ne saurait cependant cesser d'être exemplaire.
Dominguin
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D'autre part, il existe, dans l'afición un secteur très intellectuel, qui analyse chaque détail du combat tauromachique, le théorise, et le considère très dédaigneusement les opinions et réactions du reste du public.
Souvent, pour ces aficionados, la corrida est un spectacle hautement qualifié, un art très compliqué qui distrait le peuple sans que pourtant celui-ci ait option à y goûter pleinement par manque, justement, de culture artistique et, plus précisement, de culture taurine.
Spectacle populaire ou art pur, il est difficile de classer la corrida.
Tout art est un mystère et pour pouvoir le pénétrer, il faut apprendre à le connaître.
L'art, dans la course tauromachique, est dans la faena, celle de la cape, celle de la muleta.
Elle est une vision fugitive : Sur le sable de l'arène, la corrida vient inscrire ses traces, vient marquer sa place, vient dire que c'est un art qui se consume au moment de sa production ; un art qui n'en finit pas de jouer avec ce chiasme, ce tenseur entre vie et mort, entre violence et passion, entre deux sortes de retournements, Bernard Salignon.
Toréer de façon sublime, réussir à recréer le toro, c'est-à-dire à modifier ses penchants naturels pour le dominer dans la faena pour aboutir à l'accord parfait, a un nom pour le matador : el Duende.
C'est un état de grâce, une transcendance qui fait que l'homme se surpasse, oublie le public, s'oublie lui-même, pour ne former qu'un avec son toro, dans une union sacrée avec l'art et la beauté dans l'harmonie des gestes, des formes et des couleurs.
La corrida est un art tragique.
Tragique puisqu'il implique presque automatiquement la mort du toro.
Tragique en lui-même puisqu'il est fugitif.
Il est comme un rêve que l'on ne pourra jamais rattraper ni matérialiser.
Quelle que soit sa façon de jouer avec l'impermanence, le toreo n'a peut-être pas plus juste définition que celle qu'en donne Pepe Luis Vazquez : C'est une chose de l'air, qui se repose un moment, puis disparaît.
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