MYTHES ET SYMBOLES, LE CULTE DU TAUREAU

Les symboles incarnés par le taureau

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Les symboles incarnés par le taureau

Gravure rupestre de Tanum, Suède environ 1700 av.J.-C., sensiblement contemporaine de l'apogée du culte du taureau en Crète
Le Taureau Apis, incarnation de Ptah, démiurge tutélaire de Memphis

Plus que tout autre animal, le taureau paraît symboliser la sauvagerie, la bestialité. Mais entre mythe et réalité, histoire et imaginaire, le taureau de combat est avant tout autant le produit d'une culture que celui de la nature, façonnée par l'homme de la tradition tauromachique.

Taureau, Altamira

Le mâle espagnol...

Couleur et séduction dans les arènes

Coup de corne

Pour Edward Taylor, le rituel était une magie visant à atteindre des fins pratiques ou à obtenir des dieux les avantages qu'ils étaient supposés capables de distribuer à leurs fidèles. Taylor pensait qu'au court de l'évolution de l'humanité, le rituel devait être remplacé par la moralité, fondée non sur la magie, mais sur la raison...

Julian Pitt-Rivers


Pablo Picasso, le matador brinde la mort du toro


Le taureau mythique, le taureau méditerranéen, digne pendant du cerf septentrional, le taureau de chasse, celui de l'élevage, le taureau de nos champs et celui d'ailleurs. L'image, toujours, de la force et de la virilité, toujours le danger et toujours le respect. Le taureau incontrôlé, représentant magnifié d'un sauvage illusoire, devient le plus souvent symbole éternel d'une civilisation en même temps qu'il entre dans la polémique des références culturelles.


On peut définir le mythe comme l'un des moyens élaborés par une société pour présenter sa pensée cosmogonique, justifier son interprétation des rapports de l'homme et de la nature, expliquer son mode de fabrication de la culture, dire son histoire, rappeler ses conceptions en matière d'organisation sociale. Il exprime l'image qu'une société se fait d'elle-même, et révèle le système des valeurs qu'elle se reconnaît et devient un facteur d'identité culturelle.


La corrida évolue avec les comportements. Le geste du torero puise son sens dans la profondeur de l'histoire et se module avec son cours. La gestuelle de l'arène n'est pas hasardeuse. Chaque époque imprime sa sensibilité et, par touches personnelles, les toreros l'interprètent.


A l'époque paléolithique, le taureau est un gibier plutôt qu'un antagoniste, ainsi que
les peintures de Lascaux le démontrent clairement ; elles n'affichent d'ailleurs pas ses attributs sexuels. Ce n'est qu'une fois domestiqué, que sa fonction de reproduction intéressa les hommes et qu'il devint l'emblème de la virilité agressive. On put alors voir en lui un ennemi, digne adversaire dans un combat qui pouvait apporter la gloire.


Tous les mythes, ou plutôt tous les cultes dédiés au taureau sont très proches les uns des autres et l'animal y représente les mêmes symboles : ceux de la force et de la fécondité, ceux de la nature et de la
lumière. Le taureau est tout, il représente tout, il est le dieu-Père. A travers l'image du père son mythe devient celui de la virilité, de la force, celui de la masculinité.


La civilisation occidentale fonctionnait, jusqu'à il y a peu de temps, autour d'un axe essentiel, l'homme en tant que mâle. Nous avons donc deux éléments humains totalement différenciés par leurs rôles sociaux : la femme, qui est à la fois objet domestique et objet de plaisir, et à qui le statut est presque nié puisqu'elle n'existe qu'en fonction de l'homme, s'occuper de sa maison, de son bien-être et lui faire des enfants ; et l'homme, imbu de lui-même et du pouvoir que lui confère son sexe.


Le mâle est, dans la culture sémite, origine du christianisme, la référence suprême. La civilisation occidentale, imprégnée des doctrinnes chrétiennes, ne vient ainsi que confirmer un état de fait historique : l'homme est le pilier de la société. Les lois qui régissent les destinées d'un pays et de ses habitants sont faites par des hommes. La vérité, c'est aussi l'homme qui la détient, puisque c'est lui qui juge et qui prêche, qui pense et qui philosophe. Et même dans l'art, c'est encore l'homme qui domine, bien que tout cela commence à changer...


La corrida ne fait pas exception et tous les éléments importants sont de sexe masculin. Tout d'abord, le personnage principal du domaine taurin, le toro de combat, est le symbole de la force virile dans toute sa puissance. Nous avons ensuite le cheval de pique, de préférence entier et castré. Et enfin, les hommes de la cuadrilla, avec à leur tête, le matador, à qui l'habit de lumières donne une apparence féminine, mais souligne, par des détails, la masculinité. Lorsqu'il aura dominé et tué le toro, ce sera l'apothéose de la virilité de l'homme qui a vaincu celle de l'animal, jugée plus puissante et plus destructrice. Les critiques et jugements seront émis par les hommes, les femmes n'étant là, en principe, que pour accompagner et valoriser leurs époux, mettre un brin de couleur et de séduction dans les arènes.


Parce que le taureau représente la force brute, parce qu'il incarne tout ce qui n'est pas humain, la corrida symbolise le combat de l'homme avec la nature ; une nature qui, présente en lui ou hors de lui, menace sans cesse de reprendre en elle un être qui, en opposant la raison et le calcul à la violence et à l'agressivité, tente de s'en arracher. C'est pourquoi, au demeurant, le coup de corne, qu'il blesse gravement ou non le torero, est ressenti avec une telle intensité par chaque spectateur d'une corrida : que le matador en meure ou lui survive, il marque en tout état de cause la victoire de la mort, à travers la défaite de l'homme face à la nature incarnée par le toro.


L'homme n'a jamais été satisfait de sa condition qu'il trouve toujours trop misérable. Il voudrait tout dominer, tout contrôler, et il sait qu'il ne pourra jamais atteindre ce but tout seul. Alors, il se crée un dieu qui, lui, est fort, qui a toutes les vertues et tous les pouvoirs. Puis il cherche à le séduire, pour attirer ses bienfaits. Il le tue ensuite, pour voler ses qualités. Et le cycle recommence, éternellement, comme pour le matador dans l'arène. Pour que le mythe puisse ressuciter, pour que les bienfaits soient renouvlés, pour que la vie recommence. Pour qu'un nouveau défi soit lancé, pour que l'art puisse renaître, pour que la vie soit reconquise.


S'il existe un mythe du taureau dans l'esprit des aficionados, il n'est aucunement lié aux divers cultes antiques du bovin auxquels un discours impliqué, subjectif, donne une unité fictive. Il serait plutôt relatif au spectacle, aux concepts et idéaux qu'il recèle, c'est-à-dire au contexte culturel dans lequel s'exprime la passion taurine.


Mythes et symboles, le culte du taureau : la corrida espagnole, un drame symbolique











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Référencement des mythes et symboles

Le culte du taureau semble avoir existé de tout temps dans les pays méditerranéens, la corrida en étant la forme la plus raffinée.   J.Pitt-Rivers