COMPOSANTES DE LA CORRIDA

Le public

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Le public

Sans l'enthousiasme et l'apport financier du public, la tauromachie ne saurait rester vivante.Son action est prépondérante, les artistes se trouvant presque dans l'obligation de se plier à l'évolution de ses goûts.


Le matador perçoit le public, des fois bien, des fois mal, car il est souvent différent d'arène en arène ou de région en région

L'écho circulaire de la foule

Suivant l'agitation des mouchoirs blancs du public après le combat, le président décernera au maestro le premier trophée
Premier trophée (l'oreille)
Triomphe


Le public est également important parce qu'il est un stimulant pour le torero. Je perçois le public, des fois bien, des fois mal, car il est souvent différent d'arène en arène ou de région en région. Certaine fois respectueux, d'autre fois ingrat, ou encore sauvage, cruel, impoli, injurieux, criminel ou sensible, compréhensif, indulgent ou reconnaissant. Car le public comme le torero, donne dans l'arène l'image de sa personnalité. Je pense que lorsque l'on veut être torero, il faut le respecter. Tout au moins, respecter le spectacle et la piste, et ne pas se laisser aller, même lorsque c'est difficile, et aguantar (supporter) car le public paye et c'est lui qui vous fait devenir riche et célèbre, nous lui devons donc le respect... Joël Maltray.

Ainsi, même s'il lui prête peu d'attention, le torero a besoin d'établir une connivence avec son public, car alors l'écho circulaire de la foule lui renvoie son reflet, et lui permet d'appréhender la matérialité de son ouvrage, en écoutant s'épanouir l'onde de l'émotion qu'il provoque. Pour El Cordobès, trois cartes sont jouées, à chacune d'elles étant nécessaire à l'équilibre de la partie ; le torero doit séduire et modeler le public, de la même manière qu'il exerce son pouvoir sur le taureau. Le bonheur n'est accompli que lorsque ces trois sensibilités s'unissent et échangent leurs rayons. Pour d'autre, au contraire, le public a le rôle ingrat du voyeur qui gêne l'intimité du couple. La bête aux cent yeux, disait Blasco Ibanez, qui soulignait par là la cruauté de ce regard extérieur.

La tauromachie est le seul spectacle connu au monde, où le public participe aux décisions de sanction, que celles-ci soient positives ou négatives. En agitant un mouchoir vert et en organisant une véritable bronca, le public obligera le président à ordonner de remplacement d'un toro jugé inapte au combat. C'est encore lui qui demandera au torero une ou deux vueltas autour de l'arène et, suivant l'agitation des mouchoirs blancs du public après le combat de chaque animal, que le président décernera au maestro le premier trophée qu'est l'oreille. Et, même n'est accordé que sur la seule décision de la présidence, le public continuera à agiter ses mouchoirs s'il estime mérités le deuxième (la seconde oreille), voir le troisième trophée (la queue). Et s'il n'est pas satisfait, ce sera des sifflements et des gestes de protestation envers les autorités pour montrer son mécontentement, qui remplaceront les tissus blancs.

Le public accorde, entre la gloire des vueltas et les trophées, et la colère de la bronca, les applaudissements pour remercier la bonne volonté d'un torero qui, cependant, n'a pas pu triompher à cause du manque de collaboration de son adversaire ; ou le silence, en signe d'indifférence ou de mépris envers un travail sans intérêt.


Sur les gradins d'une plaza, la diversité n'est pas moindre. L'on rencontre pêle-mêle l'étranger de passage, l'oisif d'un jour de fête, le mondain venu à sa place d'ombre, l'amateur érudit, celui qui s'intéresse d'abord aux réactions du taureau, celui qui n'a d'yeux que pour les prouesses de l'homme, et jusqu'à la dame sentimentale dont les bras sont chargés d'un bouquet de fleurs destinées au matador de son choix. Ainsi, le public se divise-t-il en deux catégories bien distinctes, les uns accédant à l'émotion par la compréhension, les autres par la sensation. Si l'on revient à la classique définition de Nietzsche, les apolliniens et les dionysiaques.

Les premiers demandent essentiellement à voir bien toréer. Bien toréer, c'est solliciter la charge du taureau dans le terrain où il vient le mieux. C'est l'animer par des appels. C'est le détromper. C'est, par la netteté du jeu, ne pas lui apprendre à soupçonner une présence insolite derrière l'étoffe. C'est ne pas l'inciter à donner d'inutiles coups de corne. C'est calmer son nerf par la douceur du geste. C'est commander son passage de façon qu'il subisse entièrement la volonté de l'homme et se laisse comme envoûter par lui. C'est ne jamais cesser d'être naturel, pratiquer facilement un art semé d'écueils et atteindre à la beauté dans une parfaite maîtrise de la bête.

Les seconds demandent surtout au torero d'interpréter de façon spectaculaire le drame qu'est la corrida, d'amplifier constamment la sensation de danger par des attitudes au besoin forcées, d'affronter le taureau dans une sorte de corps à corps téméraire. Ils veulent être saisis par une succession d'images fortes, dans lesquelles la figure héroïque de l'homme se découpe sur un fond de violence sauvage, indiqué par la bête.


Comme toutes les choses de la vie, la corrida a subi un renchérissement considérable. Il faut désormais remplir les plazas au trois quarts pour couvrir les frais et n'attendre un bénéfice que dans l'occupation du dernier quart. Tout les efforts des organisateurs de spectacles tauromachiques tendent donc à retenir dans les arènes un maximum de public et y attirer des foules nouvelles. S'il y ont réussi, c'est en s'engageant dans une sorte de course à la nouveauté et de surenchère permanente à la sensation.

Ainsi, de 1910 à nos jours, les toreros ont enrichi leur répertoire d'une suite de figures, qui toutes visent à accroître le côté spectaculaire de leur travail. Ces suertes relèvent de la virtuosité pure et peuvent compléter une faena, mais non point en tenir lieu, la mission première du matador étant de maîtriser son adversaire.

Le public s'était épris d'une manière de toréer idéale, le toreo de salon, et payant ses places de plus en plus cher, exigeait que chaque corrida eût la réussite qu'il attendait. L'unique solution, pour l'assurer avec le plus de régularité possible, était d'adapter le taureau aux exigences du jeu moderne. C'est ainsi qu'on en arriva à la sélection à l'abaissement de l'âge des animaux participant à une corrida.

Que l'art du torero évolue dans le sens d'une beauté toujours plus grande est une chose. Que sous l'effet de la recherche de la sensation à tout prix, il arrive à en perdre sa sincérité, en est une autre. Si la corrida cessait d'être un vrai combat pour devenir un ballet à figures, elle perdrait tôt ou tard sa force d'attraction et, aussi bien, la seule justification possible d'une certaine cruauté qu'elle comporte... Claude Popelin.

Entre ombre et lumière, le matador brinde le taureau au public


Les trois actes de la tragédie








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Référencement des composantes de la corrida

Un torero, comme n'importe quel autre artiste, doit connaître la psychologie du plublic et savoir tirer parti de ses réactions. Luis Francisco Espia